Les Papotis de Thalie

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Carnoët. La Vallée des Saints, Ile de Pâques bretonne, à l’écoute des géants

« Apprends-moi les mots qui réveillent un peuple, et j’irais, messager d’espérance, les redire à ma Bretagne endormie » Yann-Ber Calloc’h (Jean-Pierre Calloc’h) – Poète breton défenseur de la langue bretonne en pays vannetais.

J’ai découvert La Vallée des Saints en juillet 2019, un jour où la météo était capricieuse et le ciel menaçant, ce qui arrive parfois en Côtes d’Armor. Fascinée par les légendes – ce n’est pas ce qui manque en Bretagne -, j’ai immédiatement été aspirée par la puissance du site, par l’implacable présence de ces géants de granit, granit breton devrai-je préciser.

J’ai aimé rencontré ces géants, garants de notre histoire. Ils nous racontent de belles histoires, des tragédies aussi, le parcours d’hommes et de femmes qui ont construit, aimé, souffert, témoins de périodes de l’Histoire souvent chaotiques. Ils m’ont confié leurs petits secrets…

La Vallée des Saints, une aventure humaine

Créée en 2008, cette initiative ambitieuse est le fruit de la rencontre d’un professeur de philosophie, d’un cadre de banque et d’un sculpteur : Philippe Abjean, Sébastien Minguy et Philippe Hajas. Elle a accueilli, jusqu’à l’arrivée du Covid-19, plus de 400.000 visiteurs chaque année.

Aujourd’hui en danger, selon son fondateur Philippe Abjean qui s’est confié au magazine Bretons en 2020 (voir article ici), le site reste un haut lieu de légendes et de spiritualité en Centre-Bretagne.

Et c’est ce que j’ai envie de partager avec vous. Promenons-nous sur les 8 hectares de cette Vallée des Saints qui a tant à nous apprendre. Je ne vais bien sûr pas vous raconter la vie et l’œuvre des 133 Saints installés sur ce site mais celle de ceux qui m’ont séduite, émue, attirée par leur force ou leur poésie. Et plutôt m’attacher aux Sept-Saints fondateurs de notre belle Bretagne

Saint-Malo (Sant Malo)


St Malo, saint fondateur, Ce moine navigateur, né au VI° siècle dans le sud-est du pays de Galles près de la frontière anglaise, fait partie des Sept-Saints fondateurs de la Bretagne.

Maclow, c’est son nom gallois, est envoyé dès son plus jeune âge au monastère de saint Brendan, qui le remarque très vite pour sa piété. Peu de temps après, saint Brendan s’embarque avec St Malo, en quête des Iles fortunées, autrement dit, le paradis terrestre, lieu mythologique situé aux extrêmes limites du monde pour y prêcher la foi de Jésus-Christ. Un voyage initiatique qui durera plus de sept ans.

St Malo arrive alors dans la cité gallo-romaine d’Aleth, future Saint-Servan-sur-Mer, aujourd’hui rattachée à la célèbre cité corsaire à l’embouchure de la Rance. Le moine navigateur sait qu’il n’est pas envoyé de Dieu en ces contrées pour se reposer mais pour travailler à la « conquête spirituelle des âmes ».

Durant cette période, le gallois réalise de nombreux miracles. Il délivre une femme grandement tourmentée du malin esprit, rend la vue à des aveugles et ressuscite un mort. C’est ainsi que Malo fut promu saint-patron de la cité corsaire.

Saint-Brieuc (Sant Brieg)


Saint fondateur comme Saint-Malo ou Saint Pol Aurélien, Saint-Brieuc naquit au V° siècle au Pays de Galles et fut l’élève de Saint-Germain l’Auxerrois à Lutèce, aujourd’hui Paris.

Après avoir converti ses proches, il gagne, en compagnie de 68 personnes, l’Armorique pour retrouver son cousin gallois, le comte Riwal, immigré comme lui. Ce dernier lui offre des terres lui appartenant pour y ériger un monastère à l’endroit même du futur siège de Saint-Brieuc.

La légende veut qu’un soir, entouré de ses moines, une bande de loups affamés s’attaqua aux bœufs de son attelage. Alors que les moines pris de panique s’enfuirent à toutes jambes, Saint-Brieuc, stoïque, les bras levés vers le ciel, stoppa les loups dans leur charge ravageuse. Il se trouva alors encerclé par les bêtes féroces devenues dociles, qui acceptèrent sans agressivité le retour des moines.

Saint Pol Aurélien (Sant Paol)

Pol, aussi appelé Aurélien, nait vers 480 à Pen Ohen (qui signifie « tête de bœuf« ), aujourd’hui Boverton au Pays de Galles. Ce Saint fondateur de la Bretagne est issu d’une noble famille britano-romaine. Il a neuf frères et trois sœurs. Dans la noblesse, il était d’usage de placer ses enfants en pension dans le monastère d’Ynys Pyr (île de Pyrus) où il devient l’élève de saint Ildut, où ont également été formés Samson, Brieuc ou Malo.

Dès l’âge de quinze ans, il devient l’abbé d’un groupe de douze prêtres, il est ordonné prêtre à son tour à l’âge de vingt deux ans. Il séjourne cinq ans dans l’abbaye d’une de ses soeurs, à la cour du roi Mark pour y enseigner les évangiles. Après avoir accompli sa mission, il a une vision divine lui demandant d’aller prêcher en terre d’Armorique.

C’est ainsi qu’en 517, il débarque, accompagné de douze prêtres et de douze parents, sur l’île d’Ouessant où il fonde un monastère dans le bourg de Lampol. Il s’installe ensuite sur l’île de Batz, reçu par le comte Withur, un de ses cousins, qui lui fait don d’une ancienne forteresse romaine, Kastell Paol, l’actuel Saint-Pol-de-Léon. Ordonné évêque par le roi franc Childéric 1er, ce dernier le place à la tête de l’évêché de Léon à Castel-Paol (Saint-Pol-de-Léon). Après avoir confié sa charge d’évêque à l’un de ses disciples, Pol Aurélien se retire, vers 553, dans son monastère de l’île de Batz, où il finit ses jours, vraisemblablement le 12 mars 594.

La légende veut que Pol Aurélien ait combattu un féroce dragon sur l’île de Batz. Jetant son étole autour du cou du monstre, il l’aurait conduit jusqu’au bord d’une falaise et aurait ordonné au puissant animal de se jeter à la mer pour s’y noyer.

Saint-Samson (Sant Samzun)


En quête de solitude, Samson arrive de son Pays de Galles natal au VI° siècle et s’installe en pays de Dol-de-Bretagne où règne le tyran sanguinaire Conomore. Son fils, Judval, soutiendra Samson et l’aidera à chasser son père pour libérer le pays. Conomore sera tué dans une bataille au cœur des Monts d’Arrée. Le Saint créa alors de nombreux monastères et devint le premier évêque de Dol.

La légende veut que Samson ait pu venir au monde grâce à la bienveillante attention d’une sirène, sauvée de la furie d’un groupe de femmes par Anna. En remerciement de l’aide qu’Anna lui a apporté pour lui sauver la vie, la sirène lui promit d’exaucer son vœu d’avoir un enfant. Samson naquit laid et chétif. La sirène le prit et le plongea dans la mer. Il en ressortit miraculeusement beau et fort.

Saint-Tugdual (Sant Tudwal)


Parti du Pays de Galles avec des disciples, sa mère Koupaïa et sa sœur Sève, Tugdual débarque près du Conquet. Il rejoindra ensuite d’autres immigrants bretons avec qui il fondera le monastère à l’origine de Tréguier dont il devient d’ailleurs le premier évêque en l’an 532. Il fait partie des Sept-Saints fondateurs des évêchés de Bretagne. C’est à Tréguier que le Saint gallois se partage la vedette avec le breton Saint-Yves.

Comme de nombreux moines évangélistes de cette époque, Tugdual devra neutraliser un dragon, comme la légende veut que Saint Pol Aurélien l’ait fait en son temps. Probable explication de la présence du dragon rouge sur le drapeau du Trégor, en superposition de la croix noire de Saint-Yves.

La légende veut qu’une colombe se soit posée sur la tête de Tugdual alors qu’il était à Rome lors du décès du pape. Un signe le désignant ainsi comme le successeur légitime du défunt. Imaginez un pape breton ! Mais là encore, ce sont des extrapolations qui appartiennent à la légende.

Saint-Patern (Sant Padern)

Saint-Patern, premier évêque de Vannes, est l’un des Sept-Saints fondateurs de Bretagne. Armoricain d’origine, probablement issu d’une famille de la noblesse galloise, il est entré dans la vie monastique. Il est le fondateur de monastères et d’églises au Pays de Galles avant de s’installer en Armorique. Devenu évêque de Vannes en 465, il entretient des relations avec Saint-Samson, évêque de Dol-de-Bretagne.

Pas de légende connue mais une très belle métaphore autour du serpent enroulé autour de la crosse de Patern. Le serpent, symbole chrétien du mal et du péché, est là pour nous rappeler que sortir du droit chemin peut être doux et qu’il est facile d’y céder.

Saint-Corentin (Sant Korentin)

Corentin, fondateur de l’évêché de Cornouailles, est né en Armorique au V° siècle d’un père breton immigré. Le jeune homme, très contemplatif, se retira dans la forêt de Nevez pour y mener une vie d’ermite. Après une vie totalement isolé du monde, Saint-Corentin accepta la charge d’évêque que lui proposa le roi Gradlon Meur (Gradlon le Grand). Il fut le premier évêque de Cornouailles, établi à Kemper-Odet, aujourd’hui Quimper.

La légende veut que l’ermite Corentin se nourrissait exclusivement d’aumônes et d’herbes sauvages. Il se sustentait également chaque jour d’un morceau de la chair d’un poisson miraculeux qui vivait dans la fontaine de l’ermitage. Et chaque matin, il retrouvait le poisson vivant ! Un miracle !

J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à découvrir ces hommes de foi, de conviction qui se sont battus sur un territoire qui est aujourd’hui le nôtre et dont nous sommes si fiers.

Informations pratiques

La Vallée des SaintsQuénéquillec22160 Carnoët (France)

Les premiers panneaux indiquant la Vallée des Saints se trouvent sur la D787 entre Carhaix et Callac.
En venant de Carhaix, ils seront sur votre gauche, sur votre droite si vous venez de Callac ou Guingamp.
À partir de là, vous trouverez plusieurs panneaux sur votre chemin qui vous guideront jusqu’à la Vallée des Saints.

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2 Comment

    1. Merci Sylvia. Je vous invite vivement à venir découvrir toutes les merveilles de notre belle Bretagne. Excellent week-end 🙂

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