Les Papotis de Thalie

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Week-end à Rome avec la fascinante « Stella Finzi ». Mon entretien avec Alain Teulié

« Il faut connaître ses limites et les aimer » Gustave Flaubert

Alain Teulié

Offrir du bonheur à Noël, quelle joyeuse idée !

« L’anagramme de Roma est Amor« , souligne l’auteur de cet incroyable roman. Palpitante, intense, bouleversante… Serai-je en manque d’épithètes pour qualifier l’ardente et troublante rencontre romaine de Stella et Vincent un matin pas tout à fait comme les autres, au Café Licata ?

Qui est allé une fois dans sa vie à Rome en est imprégné pour l’éternité. Ce roman, le huitième sorti de l’imaginaire de l’écrivain Alain Teulié, est un voyage, un délicieux voyage… insolite et gourmand. Une exploration au cœur de la séduction, au plus intime de l’humain sur fond de Rome éternelle.

Inutile de préciser que j’ai adoré ce roman. Il m’a embarquée par un bel après-midi baigné de lumière, vous savez cette lumière généreuse et joyeuse qui enveloppe la Côte de granite rose, mon paradis terrestre !

Je ne voulais pas le quitter, je redoutais le moment où le point final allait s’imposer. Et il s’imposa, me laissant dans une soudaine mais éphémère solitude.

Quoi de plus engageant que d’offrir un livre ? Le mariage probablement mais là n’est pas le propos. Entrer dans une librairie, contempler ces piles ajustées de romans, biographies, documentaires, les sentir, les toucher… Soyez heureux, vous pouvez à nouveau le faire aujourd’hui, les conditions sanitaires semblent le permettre.

Foncez, mes petits papoteurs, foncez et achetez des livres. Entrez dans l’intime de Stella et Vincent. Osez le lâcher-prise, évadez-vous.

Alain Teulié s’est très élégamment prêté au jeu des six questions, je l’en remercie chaleureusement. Stella Finzi est un cadeau !

Alain Teulié

Six questions à un amoureux des mots

Les Papotis de Thalie : Alain, je vous ai connu animateur de l’émission quotidienne « Tout Paris » sur Paris Première dans les années 90. Vous êtes écrivain, dramaturge, citoyen confiné, comment arrivez-vous à conjuguer toutes ces facettes de votre vie ?

Alain Teulié : Belle question… qui résume une vie, et que je vais devoir faire tenir en quelques lignes… C’est une chance folle de pouvoir exprimer les « facettes » de son existence… Nous sommes multiples, mais il faut fournir un petit effort pour les trouver, et les faire miroiter… Vous savez, poser des questions sur un plateau ou derrière un micro à des artistes, puis écrire des romans, des pièces de théâtre, ces activités ont un point commun : les mots. Ils sont des quilles de jongleur, des épées de duel, des baisers de mère, des nuages discrets ou gorgés d’humidité, des aéronefs conduisant n’importe où, des parapluies à mélancolie, des bombes à retardement, des musiques intérieures que la plume fait chanter, vibrer, tinter… Dès l’enfance, les mots furent mes amis. Avec les années, j’ai réalisé leur force, dans la vie aussi. Ils peuvent faire tant de bien, et faire si mal, à ceux que l’on aime, et qui nous aiment. Ils sont si puissants. Le langage est un outil aussi ambigu qu’un couteau. Il peut couper la nourriture de notre survie, ou tuer la relation la plus épanouie. Alors, il n’est pas difficile de concilier dans une vie des activités qui ont pour point commun ces quilles, nuages, baisers, aéronefs et parapluie… Il suffit de les employer autrement, différemment. Raconter des histoires, c’est faire chanter à des milliers d’âme la même chanson.

PDT : Stella Finzi est votre huitième roman. Vous avez choisi Rome, la Ville Éternelle pour y faire danser vos personnages. Pourquoi ce choix ?

A.T. : Puis-je vous faire remarquer que l’anagramme de Roma, c’est Amor. Tout est dit, n’est-ce pas ? Cette ville est surtout éternelle car nous n’oublions pas notre passage en elle. Ville que l’amour emplit, car l’amour est couleurs, sons, odeurs. Rome est une ville sans fin, car c’est en nous, qu’elle séjourne, aussi. Le cadre d’un roman, c’est son refrain, son prénom et son parfum. Et puis, comment ne pas penser au cinéma de Fellini, d’Antonioni, de De Sica ?… Comment ne pas penser aux romans de Soldati ou de Moravia ?… Et comment ne pas penser à ce film si beau, si fort, si bien interprété par Toni Servillo : « La grande Bellezza » ?… pour moi, un des plus beaux films des dernières années. Sans lui, je n’aurais peut-être pensé à écrire Stella Finzi… Ce roman, c’était une manière de s’inscrire dans une lignée, dans une famille. Celle dont l’Italie était la patrie, ou que l’âme inspire et motive assez pour y situer une histoire, une autre, qui s’ajoute au grand tableau. Choisir le décor d’un roman, c’est lui déclarer son amour.

PDT : Comment sont nés vos personnages dans ce conte moderne ? Qui est Stella Finzi dont nous connaissons l’identité mais pas le visage ? Un ange de lumière ?

A.T. : Un ange, oui, sans aucun doute. Même si elle est humaine, très humaine même. Très incarnée. Mais ses ailes sont noires et blanches, à la fois. Je voulais que cette jeune femme ait en elle nos pires défauts et nos plus belles qualités. Il y a aussi une fange des anges, je crois. La pureté en soi n’a pas beaucoup d’intérêt. J’ai remarqué une chose, si vous me permettez un aveu personnel. Les personnes qui m’ont le plus aidé, sous quelque forme que ce soit, m’ont souvent parus antipathiques, tout d’abord. Ils me donnaient envie de les fuir. Comme si le destin s’amusait, nous testait, pour nous faire courir le risque de ne pas bénéficier de leurs bienfaits. Pour voir si nous nous arrêtions à un détail physique, une attitude, un milieu social. Ainsi de Stella, qui se présente au début du livre au narrateur, ce Vincent un peu perdu qui est venu là pour en finir, alors qu’en fait, grâce à elle, tout va commencer. Mais il l’ignore. Le futur, c’est le plus beau cadeau que nous fait la vie en naissant. Voilà pourquoi sans doute on appelle un cadeau un présent. Vincent estime que cette Stella est laide, au début. Repoussante, même. Commet est-elle vraiment ? Je ne le sais pas moi-même. Nous avons autant de visages que de regards qui se posent sur nous, de notre naissance à notre départ.

PDT : Vincent est un vrai dandy. N’est-ce pas complètement anachronique avec notre siècle ? Est-ce un héros ou un anti-héros ?

A.T. : Un anti-héros n’est-il pas un héros de roman par excellence ? Les gens heureux n’ayant pas d’histoire, une personne heureuse, et forte, et belle et irréprochable serait d’un ennui parfait. Ce sont les failles qui nous touchent, chez les autres. Leurs qualités nous plaisent, mais leurs vulnérabilités sont les portes entrouvertes par lesquelles nous glissons nos affections. Quant au dandy, oui, bien sûr, c’est anachronique, au 21ème siècle. Mais ça l’était aussi à la fin du 19ème, où ils ont fleuri. Le dandysme, c’est afficher sa différence, vouloir se distinguer, se démarquer, d’une ambiance globale et surtout d’une certaine vulgarité, ou banalité.  Je pense que chaque époque a eu ses dandys, même le moyen âge. Aujourd’hui, certains chanteurs ou acteurs illustrent ce caractère dont la singularité est synonyme de liberté. Mais c’est tout un travail, d’être ainsi. Savez-vous ce que Brummell avait répondu lorsqu’on lui avait dit qu’il avait été très élégant dans une récente soirée ? Il avait déclaré : Si j’avais été si élégant, vous ne m’en parleriez pas, car vous ne l’auriez pas remarqué…

PDT : Voudriez-vous nous parler de vos projets ? Aimeriez-vous remonter sur les planches ?

A.T. : Mes projets sont assez multiples, je dois l’avouer. L’an passé, j’ai écrit plusieurs pièces, la plupart pour mes bons amis du métier. Florence Darel, Elizabeth Bourgine, Caroline Anglade, Mathilde Mosnier, Stéphanie Jarre, Philippe Lelièvre, Geoffroy Thiebaut, Thomas Joussier, Dominique Guillo, sont des personnes que j’apprécie, qui à leurs manières sont des anges, et dans une profession dans laquelle on trouve parfois quelques animaux qui mordent, il est divin de rencontrer de vrais être humains. Quant au fait de remonter sur les planches, je ne pense pas. Mais sait-on jamais… Côté roman, j’ai profité de cette période de retrait pour commencer une autre histoire. En achevant Stella Finzi, je pensais ne plus en écrire, car je croyais avoir tout dit. Mais le temps nous surprend, comme l’amour, comme le hasard, comme le printemps. Et je dois avouer que le succès que rencontre ce livre m’encourage à donner la vie à un autre enfant. Littéraire, s’entend…

PDT : Pour clore cet entretien, quel serait cher Alain, votre Noël idéal 2020 ?

A.T. : J’aimerais qu’il arrive sept jours avant le nouvel an. Un souhait dont on est presque sûr qu’il se réalise, il n’y a rien de plus satisfaisant.

Informations pratiques

Stella Finzi d’Alain Teulié/ Editions Robert Laffont est disponible chez votre libraire, également sur livre.fnac.com cultura.com. A Perros-Guirec, chez Jean-Charles Guilloux (Maison de la Presse – 14, place de la Mairie – 22700 Perros-Guirec).

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Les prochains jours seront remplis de nouvelles surprises sur mon blog… D’autres rencontres, d’autres livres… Un très joyeux Noël à toutes et tous !

Alain Teulié

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